Zone de Texte: DES SES A GABRIEL FAURE

Ressources en SES pour les élèves du lycée Gabriel Fauré

 

 

 

 

 

CONFLITS DE CLASSE ET CHANGEMENT SOCIAL

 

I. L’analyse de Karl Marx (1818 - 1883)

 

II. Les prolongements contemporains de l’analyse

 

 

I. L’analyse de Marx

 

A. Une analyse qui s’inscrit dans un contexte historique particulier

1. La révolution industrielle

             Première révolution industrielle, passage de l’artisanat à la manufacture puis à la fabrique comme principal mode de production, bouleversement des structures économiques et sociales.

 

2. Les débuts du capitalisme : un capitalisme faiblement institutionnalisé

             Absence de droit du travail et interdiction des coalitions (en France, le droit de coalition et de grève est reconnu depuis 1864, les syndicats sont autorisés en 1884).

             Salaires de misère et conditions de travail dantesques (journées de travail de 13h ou plus - premiers congés payés en 1936; absence de protection sociale; travail des enfants; production mettant en jeu la vie des ouvriers; …)

             De nombreux penseurs du temps de Marx s’insurgent contre la condition sociale des ouvriers (exemple, les socialistes utopiques : Charles Fourier, Saint-Simon).

 

B. Une analyse qui met l’accent sur les structures économiques

1. Le rôle central du mode de production

              La structure économique de la société joue un rôle central dans l’analyse de Marx.

La structure économique, ou mode de production, est constituée des forces productives (moyens de production matériels et travailleurs) et des rapports de production.

Les rapports de production sont les relations que nouent les individus dans la sphère productive. Il s’agit donc de l’ensemble des relations économiques et sociales qui dépendent du mode de production.

             Dans le mode de production capitaliste par exemple, les rapports de production se caractérisent par l’opposition entre deux classes sociales, le prolétariat et la bourgeoisie, par l’existence d’un surtravail non payé (= exploitation) et par des rapports de servitude entre les ouvriers et leurs « maîtres ».

 

2. Les rapports de production sont à la base de toute la vie sociale

a) Infrastructure et superstructure

Pour Marx, la structure économique de la société (ou mode de production) est l’infrastructure sur laquelle reposent tous les autres éléments de la vie sociale : le droit, l’Etat, l’idéologie, le langage qui constituent la superstructure.

             Ce ne sont donc pas les idées qui sont à l’origine des conditions de vie des individus, mais au contraire les conditions de vie des individus qui déterminent leurs idées. C’est ce qu’on appelle le matérialisme historique (ou matérialisme dialectique).

 

b) Matérialisme dialectique et succession des modes de production

Ce sont en effet les conditions sociales et matérielles à une époque donnée qui déterminent les évolutions historiques pour Marx.

Marx distingue ainsi plusieurs modes de production successifs : le communisme primitif, le régime esclavagiste de l’Antiquité, le féodalisme, et le capitalisme.

Pour Marx, chacun de ces modes de production contenait des contradictions internes qui ne pouvaient mener qu’à leur disparition et à leur remplacement par un nouveau mode de production.

Ainsi, Marx explique la révolution française comme une révolution bourgeoise. En effet, à la fin de l’Ancien Régime, la bourgeoisie est économiquement dominante mais politiquement dominée. Les structures de l'Ancien Régime l'empêchent de se développer, d'entreprendre et de s'enrichir dans le libre jeu de la concurrence. Dans ce cadre, la Révolution française donne à la bourgeoisie les moyens politiques de sa domination économique. On peut ainsi remarquer qu'un des premiers actes de la Révolution fut d'abolir les corporations qui empêchaient la libre concurrence et freinaient ainsi le développement du libéralisme économique (loi Le Chapelier).

Le capitalisme devrait lui aussi disparaître en raison de ses contradictions internes pour être remplacé dans un premier temps par le socialisme (l’Etat détient les moyens de production), puis par le communisme (abolition de toute propriété et disparition de tout pouvoir). Or, à chaque mode de production particulier correspond une société particulière.

 

c) Capitalisme et aliénation économique et politique

Ainsi, pour Marx, c’est le mode de production capitaliste, basé sur l’opposition entre la bourgeoisie, qui détient les moyens de production, et le prolétariat, qui ne possède que sa force de travail, qui explique : la structure juridique (importance accordée aux droits de propriété dans la législation) ; le rôle de l’Etat (instrument d’oppression au service de la classe dominante) ; l’idéologie.

Le capitalisme est ainsi caractérisé non seulement par une aliénation économique (les travailleurs sont dépossédés de leurs moyens de production et contraints de vendre leur force de travail), mais aussi par une aliénation idéologique (ceux qui sont exploités adhèrent au système de valeurs de ceux qui les exploitent (par exemple, les croyants acceptent la religion = « opium du peuple » pour Marx »)

 

C. Une analyse dans laquelle les classes sociales jouent un rôle central

1. Le système productif et la classe en soi

             Selon ses ouvrages, Marx distingue plusieurs classes sociales. Mais pour lui, ce qui importe, c’est l’opposition fondamentale entre les deux classes sociales : le prolétariat (qui doit vendre sa force de travail) et la bourgeoisie (qui possède les moyens de production).

             En effet, pour Marx, le capitalisme se caractérise par l’accumulation du capital qui conduit au développement du salariat et donc du prolétariat. Il existe donc un phénomène de bipolarisation entre ces deux classes sociales.

             Plus que la source des revenus, ce qui importe pour distinguer le prolétariat de la bourgeoisie, ce sont les « conditions sociales de la production », c'est-à-dire quels sont les rapports sociaux entre les différentes classes.

             Le capitalisme se distingue des modes de production qui l’ont précédé par le fait que les rapports de domination sont cachés sous l’apparence de contrats entre deux agents libres qui signent un accord (l’ouvrier et son « maître »).

             Mais selon Marx, il existe bien en réalité un rapport de domination car les travailleurs salariés sont obligés de louer leur force de travail (ils n’ont « pas d’autre marchandise à vendre »), ils sont soumis à l’entrepreneur au cours du processus de production, et celui-ci exploite le travailleur en ne lui payant pas le surtravail.

 

L’exploitation, c’est alors ce rapport social entre deux groupes, dont l’un s’approprie, sans contrepartie directe, le produit du travail d’un autre. L’exploitation est liée au fait qu’il existe  une plus-value.

Plus-value = valeur de ce qui est produit – valeur de la force de travail nécessaire pour le produire (salaire nécessaire pour assurer les moyens de subsistance indispensables à l’entretien et à la conservation du travailleur)

 

Comme le capitalisme se caractérise par l’accumulation des moyens de production, il existe inéluctablement une tendance à la baisse du taux de profit selon Marx (« baisse tendancielle du taux de profit ») puisque ce sont les salariés qui permettent aux capitalistes de réaliser la plus-value, mais que la concurrence entre entrepreneurs les amène à réduire la part du travail dans la production (on dirait aujourd’hui que l’intensité capitalistique de la combinaison productive s’accroît) et à accroître l’exploitation.

Ceci contribue à la paupérisation du prolétariat, qui provoque des crises de surproduction.

Ce n’est pas la seule contradiction du capitalisme. En effet, le développement du nombre et de la taille des fabriques conduit également les prolétaires à prendre conscience de leur situation, ce qui favorise le passage de la classe en soi à la classe pour soi.

 

2. Classe pour soi et lutte des classes : le conflit explique le changement social

En effet, il ne suffit pas de constituer une classe en soi pour constituer une classe pour soi, comme le montre l’exemple des paysans parcellaires.

Il n’y a classe pour soi qu’à partir du moment où les individus prennent conscience de leur appartenance de classe. À ce moment, la lutte entre les opprimés peut s’organiser, ce qui conduit inévitablement à un changement de société dans la mesure où les opprimés sont les plus nombreux (ex. Révolution française).

Le mode de production capitaliste est donc inévitablement voué à disparaître, car la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie dépasse le simple cadre des conditions de travail ou du salaire.

 

II. Les prolongements contemporains de l’analyse de Marx

 

A. D’une moyennisation …

1. Moyennisation et disparition de la conscience de classe

             Après la seconde guerre mondiale, le développement de L’Etat-providence et la période de forte croissance économique (les « Trente Glorieuses ») ont contribué à la fois à un enrichissement général de la population mais également à un resserrement des conditions de vie, avec des modes de vie de plus en plus similaires et des biens de consommation partagés par le plus grand nombre.

             C’est dans ce contexte que se sont développées les analyses mettant en avant la « moyennisation » de la société française et des sociétés industrielles en général.

 

             Henri Mendras par exemple est un sociologue qui a travaillé sur la moyennisation de la société française.

             Selon lui, la distinction entre les classes sociales s’efface derrière une constellation centrale constituée par les classes moyennes. Ces classes moyennes, situées entre la classe supérieure détentrice des moyens de production et la classe ouvrière, regroupent la majeure partie de la population.

             Il n’existe plus d’échelle unique de hiérarchie, contrairement à l’analyse marxiste, mais les individus peuvent occuper des positions sociales différentes dans les différents domaines de leur vie sociale (activité professionnelle, réseau de parenté, activités de loisirs, …). Il n'y a plus de classe dirigeante au sens traditionnel du terme, et on assiste à la disparition de la culture populaire et ouvrière.

 

2. Les nouveaux mouvements sociaux

             Dans le même temps, se développent de nouveaux types de protestations, de conflits sociaux, qui ne dépendent pas prioritairement de la position occupée dans la sphère productive par les individus, mais qui revendiquent une reconnaissance particulière : mouvements féministes, mouvement étudiant (mai 68), mouvement des minorités raciales (Noirs américains ou kabyles algériens), …. Les mouvements écologiques, altermondialistes ou gays par exemple peuvent aussi être considérés comme faisant partie de ces nouveaux   mouvements sociaux (NMS);

             Pour Alain Touraine, qui a étudié ces conflits, la question centrale dans la société n’est donc plus celle des moyens de production (c’était la question centrale dans les sociétés industrielles, qui a été dépassée grâce au compromis fordiste), mais celle de la maîtrise du changement social (Alain Touraine parle de l’historicité = sens de l’histoire comme enjeu du conflit dans les sociétés post-industrielles).

             Les classes sociales existent donc, elles sont définies par un rapport conflictuel (comme dans l’analyse marxiste), qui oppose les catégories sociales dominées, qui subissent le pouvoir, à celles qui détiennent le pouvoir.

Les conflits embrassent l’ensemble de la vie sociale, ils ne sont plus essentiellement économiques mais socioculturels. L’enjeu est de contrôler les modèles culturels de la société.

La classe dominante n’est plus la bourgeoisie mais la « technocratie » (les directeurs au sens large, les gestionnaires, les spécialistes issus de l’ENA ou de Polytechnique par exemple plus que les hommes politiques élus).

Le conflit social n’est plus organisé uniquement par les syndicats, qui sont en crise (forte désyndicalisation) et sont souvent concurrencés par des coordinations indépendantes (forme d’organisation des luttes sociales dans laquelle les décisions sont prises par les assemblées générales où la force des syndicats est réduite. Ex : infirmières, étudiants, …)

 

Mais la moyennisation est remise en cause par une nouvelle montée des inégalités, et les NMS ne sont pas si « nouveaux ».

De plus, les conflits du travail ne sont pas marginaux mais restent très présents, même s’ils s’expriment moins par la grève (baisse du nombre de grèves de  plus de deux jours, mais hausse du refus des heures supplémentaires, des pétitions, des manifestations, des grèves de courte durée).

On peut alors se poser la question d’un retour des classes sociales aujourd’hui ?


B. … à un retour des classes sociales ?

1. Une nouvelle montée des inégalités…

             Reprendre le dossier sur les inégalités étudiés avec Tocqueville (diplômes scolaires, classes moyennes, pauvres ou aisées, racisme, analyse de Thomas Piketty sur le retour des rentiers,  …)

 

2. … qui va de pair avec une transformation du mode de production …

             De nouveaux modes de production sont à l’œuvre, qui vont de pair avec une montée de la précarité et de l’exclusion qui touche surtout les classes populaires (la thématique de l’exclusion ne s’oppose donc qu’en apparence à la question de la lutte des classes).

             Par ailleurs, l’exploitation repose sur un rapport social plus que sur la détention ou non des moyen de production selon Marx. C’est pourquoi, selon certains sociologues marxistes, on peut d’autant moins parler d’une disparition des classes sociales qu’il existerait une nouvelle forme de polarisation entre les cadres dirigeants ou les hauts cadres de la finance et les autres salariés. En effet, ces cadres détiennent un pouvoir important dans l’entreprise, reçoivent des salaires très élevés en progression incomparable avec celle des autres salariés (notamment avec les stock-options) et peuvent assurer leur reproduction sociale qui est très forte. Ils rejoignent ici la bourgeoisie comme classe dominante et consciente de ses intérêts.

 

3. … mais peut-on parler d’un retour de la conscience de classe ?

             Employés et ouvriers s’identifient à la classe moyenne car homogénéisation des modes de consommation (auto, vacances, …) et des modes de vie. Même si des différences de classe peuvent se perpétuer dans les rapports de production sur les lieux de travail, la prise de conscience paraît moins nette (la « responsabilisation » des ouvriers estompe la frontière avec les dirigeants et les cadres), et ce d’autant plus que ces différences s’estompent dans la vie sociale.

             Il semble ne plus exister de conscience de classe (texte distribué de L. Chauvel).

 

 

 

 

Un exercice interactif : mettre en relation des citations de Marx et les notions auxquelles elles renvoient

 

 

 

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LEXIQUE

 

 

 

Capital : au sens classique, le capital est un facteur de production constitué par l’ensemble des machines, des outils et des bâtiments. On parle également de capital technique ou de capital fixe.

 

Pour Marx, le capital renvoie à un rapport social d’exploitation entre la classe qui possède les moyens de production (la bourgeoisie) et celle qui ne possède que sa force de travail (le prolétariat). Capitalistes et bourgeois sont synonymes.

 

Dans l’analyse de Marx, le capital se décompose alors en capital constant (machines et matières premières, qu’on appelle aujourd’hui capital fixe et capital circulant) et en capital variable (la force de travail). Pour Marx, c’est le capital variable qui donne de la valeur au produit final. Or, la concurrence entre les capitalistes les amène à accroître l’intensité capitalistique de la production, ce qui provoque alors une baisse tendancielle du taux de profit.

 

Forces productives : elles sont constituées du capital fixe et du capital variable, c’est-à-dire des moyens de production matériels et des travailleurs avec leur savoir-faire. .

 

L’état des forces productives dépend de la science, des technologies, de l’organisation du travail, de l’ampleur des moyens de production (en termes contemporains, on pourrait parler des facteurs de production et de ce qui permet d’améliorer leur productivité : capital, travail, progrès technique, organisation du travail, …)

 

Rapports de production :

Les rapports de production sont les relations que nouent les individus dans la sphère productive. Il s’agit donc de l’ensemble des relations économiques et sociales qui dépendent du mode de production.

 

Le mode de production capitaliste est caractérisé par un rapport de production qui est un rapport d’exploitation fondé sur la propriété privée des moyens de production, sur l’opposition entre le prolétariat et la bourgeoisie, sur l’existence d’un surtravail non payé et sur des rapports de servitude entre les ouvriers et leurs « maîtres ».

 

Exploitation : c’est un rapport de production particulier dans lequel un groupe s’accapare, sans contrepartie directe, le produit du travail d’un autre groupe social. L’exploitation se remarque par l’existence de la plus-value.

 

Plus-value : elle mesure la différence entre la valeur de ce qui est produit (recettes des ventes de l’entreprise) et la valeur de la force de travail nécessaire pour le produire (salaires). Elle correspond à un temps de travail qui est fourni par le travailleur supérieur à ce qu’il devrait réaliser pour assurer son existence matérielle et celle de sa famille.

 

Modes de production : Un mode de production est caractérisé par un état particulier des forces productives et des rapports de production. Selon Marx, plusieurs modes de production se sont succédés au cours du temps : communisme primitif, esclavagisme antique, féodalisme, capitalisme, auquel devrait succéder le socialisme puis le communisme.

 

Chaque mode de production est traversé par des contradictions internes qui aboutissent à la lutte des classes et au changement de mode de production.

 

Conscience de classe : une classe sociale est un groupe d’individus qui partagent des conditions d’existence communes. Mais ces classes sociales en soi ne constituent des classes pour soi que lorsque l’ensemble des individus qui la composent prennent conscience de leurs intérêts communs et sont prêts à les défendre par la lutte des classes.

 

Lutte de classe : concept central de l’analyse de Marx. C’est l’antagonisme entre classes sociales aux intérêts contradictoires, qui peut aller jusqu’à la révolution, qui est à l’origine du changement social.